jeudi 12 mai 2016

Vue d'ensemble sur la gauche et le PCF aujourd'hui

Résultat de recherche d'images pour "pcf 1936"La bataille contre la loi El Khomri, pour la défense du code du travail et des accords dits "de branche" (qui permettent notamment aux jeunes qualifiés entrant sur le marché du travail dans de nombreux secteurs d'être payés au dessus du smic) est très révélatrice de la situation de la "gauche" en France.

Petit raccourci historique : Jusqu'en 1914, le développement des sociétés capitalistes, et de la France en particulier ouvre la possibilité et la pertinence pour les travailleurs de conquérir des droits en utilisant la démocratie, en cherchant à se doter de groupes parlementaires puissants, en faisant accéder certains de leurs leaders à des postes ministériels.

Après la grande catastrophe de 14, et les révolutions russes de 17, allemandes de 18, cette politique atteint ses limites. La crise du capitalisme qui va se développer dans les années 20 et 30 ne permet plus guère de gains et une puissante contestation du capitalisme va naître, avec l'émergence du Parti Communiste.

Si celui-ci est créé par la majorité des militants socialistes lors du congrés de Tours, il exerce d'abord un poids assez faible dans la vie politique française, malgré un dynamisme plutôt impressionnant. C'est lors de la grande bataille contre le fascisme, qui domine l'ensemble de l'Europe de 1933 à 1945 qu'il acquierra une position dominante sur le mouvement ouvrier dans la vie politique française.

Après 1945, la dissolution des anciens empires et la constitution progressive d'une économie mondialisée permet au capitalisme de retrouver une nouvelle phase de croissance, de mettre en concurrence les travailleurs organisés d'Europe avec de nouvelles couches d'ouvriers, issus des campagnes, dans des pays en développement, et de développer des "classes moyennes" qui vont également chercher une relative prospérité économique et sociale à l'intérieur d'un capitalisme qui, plus serein, réouvre des espaces démocratiques.

Il faudra néanmoins 35 ans, avant qu'un François Mitterrand, (qui a théorisé cette bascule dès le début des années 60)permette à une gauche parlementariste et réformiste de reprendre le leadership sur le Parti Communiste.

Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, dans un monde où les communistes ont globalement cessé de peser sur l'histoire, c'est une incroyable résurgence du passé.

Le capitalisme atteint les limites d'une grande phase de développement (il est tout en haut, tout puissant, mais n'a plus réellement de perspectives nouvelles de profit). Au contraire, il découvre la fragilité de ses fondations, car il utilise beaucoup de ressources qu'il ne sait pas renouveler.

Le fascisme ressurgit (en Europe et surtout via les variantes ethnico-religieuses du moyen orient). Les espaces démocratiques intra-capitalistes se referment. Le niveau de vie des classes moyennes est écrasée et leurs enfants grossissent désormais les rangs d'un nouveau prolétariat, diplomé mais au smic et en précarité.

La social-démocratie n'a plus rien a dire et disparait dans un abysse moral et politique (immoral et apolitique, plutôt).

La lutte de classe entre dans une nouvelle période historique et exige une nouvelle structure politique de masse.

Or que voyons-nous ?

Peu nombreux, car réduits à une peau de chagrin au fil des élections des 40 dernières années, les députés communistes ont mené un incroyable combat d'idée, jouant sur les contradictions de la politique socialiste, dont la majorité parlementaire finit en charpie.

Si c'est finalement la droite qui dépose la motion de censure, personne n'est dupe. Si on parle beaucoup des "députés frondeurs" du PS, chacun sait que leurs hésitations permanentes limite fortement la portée réelle de leur action. Ce sont, aux premiers rangs des députés de gauche, les députés communistes, plus conscients, mieux organisés et soutenus par le puissant mouvement de masse, qui ont obligé le gouvernement à utiliser le 49-3.

Et la bataille actuelle rend évident que, l'enjeu électoral n'est plus de tenter de parvenir au gouvernement, en tous cas, pas tout de suite, mais de disposer de davantage de députés, capables de mener ce type de travail, de porter, à l'assemblée, devant la nation, la voie du mouvement social, la voie de l'intérêt populaire.

Dans la rue, et dans la vie sociale, la situation est très similaire. Le poids réel du parti communiste a fondu au fil des ans, et encore ces dernières années. Sur un plan interne, il a même été souvent désorienté par cette situation, dans laquelle il devait subir et s'adapter.

Bien souvent, ce sont ses militants, ses anciens militants, ses sympathisants, soit en tant que militants politiques, soit en tant que militants syndicaux et associatifs, qui organisent, diffusent l'information, gèrent les services d'ordres, en lien avec de nombreux militants et organisation d'une mouvance communiste plus large.
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Dans l'immédiat, le parti communiste n'est pas encore capable de structurer la vie politique à gauche. Ce n'est pas lui qui décidera comment la bataille de la présidentielle va s'engager. Il ne dispose pas encore d'un programme adapté à la période actuelle mais vit avec ce qu'il reste d'une époque précédente. Il a à réaliser de profondes transformations à mener qui peuvent même menacer son existence.

Dans un agenda politique qu'il ne maitrise pas, et avec des exercices qui ne lui sont historiquement pas favorables comme la présidentielles, le parti communiste doit néanmoins être conscient de la responsabilité qui est la sienne dans le moyen terme : retrouver le chemin des larges masses, reconquérir le leadership sur la "gauche" (qui ne sera plus, donc, la "gauche" telle que nous la connaissons aujourd'hui) et mener un combat pour une nouvelle société.
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La forme que prendra cette bataille politique, les étapes (primaires, pas primaires, front de gauche ou pas front de gauche ...), ce n'est pas nous qui les choisirons. Cela nous sera imposé par les événements et développements de la situation politique. Et ces développements sont largement imprévisibles.

Ce sur quoi nous devons être d'accord, c'est que notre objectif est de concentrer notre efforts pour nous adresser directement au plus grand nombre, d'exprimer un programme adapté, de rupture avec le capitalisme, et, avec cette capacité de contact, et ce programme, fédérer les batailles et en prendre progressivement la direction aux organisations réformistes.

mercredi 6 janvier 2016

gauche et social-démocratie ... what else ?

Il y a deux manières de critiquer la "gauche", la "social-démocratie", aujourd'hui, c'est à dire de porter un regard sur la crise qu'elle traverse. 

La première consiste à considérer que la "gauche" n'est pas assez de "gauche", qu'elle n'est pas la "vraie gauche", que la social-démocratie, le PS, qui en est la force principale et dirigeante est trop "social-libéral", trop "européiste", ...

La conclusion à tirer d'une telle analyse peut être plus ou moins radicale : il faut "peser à gauche", "refonder la gauche", créer de nouveaux partis de gauche qui soient vraiment de gauche ...

Un des points sur lesquels s'appuie cette vision, aujourd'hui et ici, c'est la question de l'Europe. L'Europe "empècherait" la gauche d'être de gauche ou la gauche s'obligerait au libéralisme par peur de Bruxelles, par refus de sortir de l'Euro, ...


samedi 19 décembre 2015

Back to basics

Résultat de recherche d'images pour ""Dans les réactions "à chaud" au sein du PCF en particulier, je lis pas mal de choses sur la nécessité de retrouver nos bases politiques, de revenir à nos fondamentaux, au communisme.

C'est l'opposé de la réaction générale de pas mal de politiciens (de gauche comme de droite), de personnalités médiatiques diverses mais bien en vue, qui nous disent elles "il faut inventer une nouvelle manière de faire de la politique".

J'avoue que je préfère largement la réaction de mes nombreux camarades humble et juste à celle de ceux qui prétendent réinventer la politique après chaque élection.

Et je pense qu'on a besoin d'abord d'humilité, de repartir sur les bases simples et solides pour construire dans la durée.





Réinventer une nouvelle manière de faire de la politique, les mêmes personnes n'ont que ça à la bouche depuis vingt ans. Elles ne réinventent rien du tout. Combien de fois avons-nous lu et entendu "les partis, c'est fini", "la classe ouvrière, c'est fini", "le marxisme, c'est fini". "les syndicats, c'est ringard" ...



Qu'est ce que ces personnes ont construit ? Rien.

En répétant à l'envie, cette phrase magique "il faut inventer une nouvelle manière de faire de la politique", en la déclinant par toute une panoplie "novlangue" (mutation, rupture, dépassement ...),  ces personnes montrent simplement qu'elles n'ont absolument rien à dire en politique ou (avec une lecture un peu plus soupçonneuse, je l'accorde) que leur vrai projet politique est qu'il ne puisse rien se dire de sérieux en politique, d'occuper le terrain, les discours et les esprits par du vide. Le champ politique ainsi stérilisé (exactement come Monsanto stérilise les champs de l'agro-industrie de tout organisme vivant avec ses pesticides), l'espace est entièrement disponible pour le commerce des places, des personnes et des influences.

L'enjeu aujourd'hui, est de cesser de détruire, et de reconstruire. Et pour cela, il faut retrouver nos bases, notre socle solide, nos fondations.

L'histoire :
 
La pensée et l'action politique se construisent sur l'histoire, l'histoire en actes et l'histoire de la pensée. Connaître l'histoire, la respecter, respecter l'héritage politique qui nous a été légué, est la base pour comprendre le monde d'aujourd'hui. Et pour comprendre l'histoire, il faut une théorie. "Rien n'est plus pratique qu'une bonne théorie", disait - parait-il - Lenine.

Le mouvement ouvrier a été un puissant facteur historique au 20ème siècle. Il s'est construit sur une théorie, le marxisme, qui lui permettait de comprendre les événements, et d'identifier son rôle historique.

Depuis 40 ans, les médias, les intellectuels auto-proclamés, mais aussi de nombreux responsables politiques de tous horizons, ont rabaché qu'il fallait jeter le marxisme, et au delà du marxisme, l'interprétation même de l'histoire. Là où Marx avait dit "Les philosophes n'ont fait qu'interpréter diversement le monde, il s'agit maintenant de le changer". Les soi-disants philosophes de l'idéologie dominante nous ont dit (et presque convaincus) que le capitalisme était "la fin de l'histoire".

La politique, c'est agir dans l'histoire et l'histoire a ses lois. Et pour agir efficacement, la première chose à faire, c'est de comprendre l'histoire, de dégager ses lois, et, pour et en cela, se doter d'une bonne théorie. Première base à retrouver.

La lutte des classes :

Là, on rentre inévitablement sur le terrain du marxisme. Je vais encore citer Marx : "L'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes". Je ne vais pas développer, quoiqu'il y aurait matière. Juste faire le lien avec mon sujet de départ.

La politique est le théatre principal dans lequel s'affronte non des personnes, non "le bien et le mal", encore moins "les anciens et les modernes", ni même "la gauche et la droite", et je ne sais encore quelle fadaise, mais le terrain sur lequel des groupes sociaux formés, structurés, établis dans des intérêts communs cherche la domination de la société (car c'est bien ce que permet la politique, la domination par un groupe social de la structure qui fait société).

Aujourd'hui encore, la structure de la société, c'est le capitalisme. Les détenteurs des capitaux, détiennent les moyens de productions. Les travailleurs sont obligés de se salariés, de se vendre aux capitalistes pour pouvoir produire et subvenir à leurs besoins. L'affrontement entre les capitalistes et la classe des travailleurs salariés domine l'ensemble du champ politique et social. Les capitalistes n'ont de cesse de créer des conditions toujours plus défavorables pour les travailleurs sur le marché du travail (liquidation de toute forme de protection sociale ou juridique, excés d'offre, soumission de l'éducation aux besoins des entreprises, privatisations, ...) et des conditions toujours plus favorables pour eux sur les marchés financiers et de marchandises (monopoles ou oligopoles, secret absolu du commerce, évasion et fraude fiscale massive, ...).

Si on ne comprend pas cela, alors on ouvre la porte à penser que le problème vient de la "manière de faire de la politique". Et qu'indépendamment de savoir qui représente quoi, qui est au service de quels intérêts sociaux, il faut "inventer de nouvelles manières", "proposer des ruptures et des dépassements". Or, la question qui est posée aujourd'hui, n'est pas celle là. La question qui est posée est une question de classe sociale. Les salariés, les ouvriers salariés modernes, au sens large du terme, qui font la société, qui créent toutes les marchandises et produisent l'ensemble des services dont la bourgeoisie fait commerce et profit, sont-ils conscients qu'ils ont des intérêts à défendre, que cette société, cette politique, ces lois, cette idéologie, dans laquelle nous sommes inondées est à l'opposé de leurs intérêts ?

Sont-il surtout conscients, qu'en défendant leurs intérêts, eux qui produisent, ils portent le seul avenir humaniste possible au stade actuel de l'histoire ?

Les intérêts des infirmières et du personnel hospitaliers sont porteur des enjeux d'une politique de santé humaniste. Pas ceux des actionnaires des labo pharmaceutiques. Les intérêts des enseignants sont porteurs des enjeux d'une politique éducative au service de tous. Pas ceux des grands groupes de médias qui pratiquent le lavage de cerveau à grande échelle. Mais on peut aller plus loin : les intérêts des salariés de la construction sont évidemment en faveur d'une politique du logement ambitieuse, permettant d'offrir à chacun un hébergement de qualité.

Cela ne règle bien sûr pas tout. Il peut y avoir des débats. je ne prends qu'un exemple : l'énergie. Le nucléaire est-il une énergie d'avenir, une énergie à développer ? Comment lutter contre le réchauffement climatique, alors que 80 % des sources d'énergies actuelles émettent du CO2 ? C'est un débat de société très important. Ce débat peut avoir lieu entre les travailleurs. Et si ce débat n'avait lieu qu'entre les travailleurs, indépendamment de l'influence des grands lobbies capitalistiques, il aurait de bonnes chances d'aboutir. Mais si ce débat sert à diviser les travailleurs, que ce passe-t-il ? N'aboutit-on pas à défendre la privatisation de l'énergie, à ce que tout les lobbies tant du nucléaire que du pétrole, gagnent du temps et prolongent les profits éhontés qu'ils extraient de leurs activités au détriment du bien public ?

Deuxième base donc à retrouver : la politique et l'histoire sont faites par des classes sociales. Et seule une classe sociale aujourd'hui peut identifier son propre intérêt avec celui de la société toute entière.

Le parti :

J'en arrive à un troisième et dernier point (pour aujourd'hui) : les partis. Ben oui, pour faire de la politique, il faut s'organiser, agir collectivement. Et, je suis désolé de le dire à ceux qui veulent toujours réinventer la roue, quand on s'organise collectivement pour faire de la politique, cela s'appelle un parti. Les partis évoluent, leurs méthodes évoluent en permanence, on peut les affubler de toutes les dénominations possibles "alliance", "mouvement", "rassemblement" ou même d'une non-dénomination (genre "les républicains" ou "les verts") ... ils resteront toujours des partis.

Semer la confusion sur le vocabulaire est en général une tactique qui profite à l'idéologie dominante.

De plus, il faut arrêter de croire qu'on va et qu'on peut en permanence créer et inventer de nouveaux partis et surtout, qu'on peut unifier et rassembler en vue d'un changement social réel en multipliant les partis comme Jésus les pains. Je vais être direct :  les gens qui, pendant des décennies, ont été dans un parti, et qui, décrètent que la vie politique est changée parce qu'avec eux 50 ou 500 personnes ont quitté ce parti, proclament une nouvelle secte, qui "invente une nouvelle manière de faire de la politique", et imaginent donc que c'est autour d'eux que la vie politique doit s'organiser, ça suffit.

Je vais à nouveau citer Marx, pour montrer encore qu'il vaut mieux connaître son histoire. En 1848, Marx et Engels publient le Manifeste du Parti Communiste. Par ce texte historique, ils fondent un courant politique mondial qui va marquer à jamais l'histoire de l'humanité. Ils concluent par un chapitre expliquant l'attitude des communistes vis à vis des différents partis existants d'opposition. Concernant la France (mais la méthode est similaire pour les autres pays), on lit : "En France, les communistes se rallient au Parti Démocrate-socialiste contre la bourgeoisie conservatrice et radicale, tout en se réservant le droit de critiquer les phrases et les illusions léguées par la tradition révolutionnaire."

En d'autre termes, Marx et Engels, jettent les bases d'un mouvement mondial historique, sans avoir besoin de créer un parti nouveau dans chaque pays et en évitant même de le faire. Ainsi qu'ils l'expliquent eux-mêmes, les communistes "combattent pour les intérêts et les buts immédiats de la classe ouvrière, mais dans le mouvement présent, ils défendent et représentent en même temps l'avenir du mouvement."

Chacun suit son propre chemin politique. Bien sûr. Mais, c'est ma troisième base : les partis existants expriment la conscience telle qu'elle est aujourd'hui. C'est la matière première avec laquelle ceux qui veulent agir et changer le monde doivent travailler.

Il existe en France un parti communiste, qui a certes perdu en influence électorale, mais qui reste composé de dizaines de milliers de militants investis dans de nombreux champs et engagements sociaux, syndicaux et associatifs, présents sur tout le territoire. Il dispose d'un groupe de députés et de sénateurs actifs, maintient l'essentiel de la presse engagée qui subsiste dans ce pays. C'est un acquis énorme. Beaucoup de gens l'ont décrêté mort plusieurs fois. Mais ces gens n'ont rien construit qui puisse prétendre à le remplacer. Dans les pays comme l'Italie où cet outil a été perdu, le vide laissé est resté béant.

Le Parti Communiste Français est l'outil le plus légitime aujourd'hui dans et autour duquel un rassemblement peut s'opérer. Il doit pour cela assumer ce rôle (d'être l'axe central autour duquel le rassemblement s'opère) avec une identité forte (retrouver ses bases) et une grande capacité de dialogue et d'écoute.

Je fais juste une petite parenthèse sur ce point d'actualité : Il existe également en France un parti socialiste, certes largement discrédité et dirigé par une faction incontestablement pro-bourgeoise. Il n'est pas anodin de constater que cette même direction propose à ce parti rien de moins que sa propre dissolution dans moins de 10 mois. Cette dissolution est présentée comme un fait acquis alors qu'aucun débat n'a eu lieu encore dans le parti, par le secrétaire nationale JC Cambadélis, (dont il est évident qu'il agit en étroite coordination avec François Hollande et Manuel Valls), élu lors du dernier congrès sur le thème du "rassemblement des socialistes". Il me semble évident que la nécessité de se rassembler dans et autour du Parti Communiste n'implique pas de se joindre à Cambadélis pour appeler à la dissolution du PS. Au contraire, la meilleure chose serait que la gauche du PS et les militants les plus sincères entrent en opposition avec cette dissolution, proclament leur volonté de se maintenir, et mettent Valls et Cambadélis au pied du mur en leur disant : "Messieurs, bon vent ! Partez et nous, nous maintenons le parti socialiste". Cela ne ferait pas du parti socialiste un nouveau parti communiste. Mais cela permettrait aux militants sincères de relever la tête et de retrouver leur bon sens.

L'internationalisme

Dernier point de "base" : l'internationalisme. Marx concluait déjà (en 1848 !) son Manifeste par la fameuse phrase "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous". Le monde est plus interpénétré que jamais. La classe ouvrière mondiale compte des milliards de travailleurs, capables de s'engager dans une lutte globale pour faire basculer le pouvoir. Notre combat est mondial, même si nous le menons pays par pays (parce que la vie politique est ainsi structurée aujourd'hui). Nous savons néanmoins qu'il s'agit d'une lutte commune et globale qui ne pourra être gagnée qu'ensemble.

L'Europe n'est pas un substitut à l'internationalisme. Elle en est même le contraire. Nous ne combattons pas seulement l'Europe parce qu'elle serait "trop libérale" ou "pas assez sociale". Nous combattons l'essence même du projet européens qui est de rassembler les principaux pays en vue d'exercer une domination politique et économique au niveau mondial, sur le modèle de la domination américaine et en alliance avec elle. L'Europe ne permet pas d'unifier les travailleurs du monde qui aspirent à la paix et à la prospérité. Ce n'est pas un hasard si le développement du "projet européen" ne fait que renforcer le fascisme à l'intérieur et la guerre à l'extérieur. C'est dans les gènes du projet et c'est cela que nous combattons.

Conclusion

1. Concevoir l'action politique dans l'histoire, en s'appuyant sur les acquis de l'histoire et de la pensée,
2. s'appuyer sur des forces sociales, capables de faire l'histoire dans le bon sens et de porter l'intérêt collectif du genre humain (la classe des travailleurs salariés, qui produisent les biens et services indispensables à la vie),
3. travailler au regroupement le plus large de cette classe autour d'un'axe qui est nécessairement en France, de par l'histoire et la réalité militante de ce pays, le Parti Communiste Français, et
4. envisager la transformation à l'échelle du monde, à une échelle universaliste,

Voilà les quatre piliers, simples et solides, sur lesquels on peut construire.

A inventer, bien sûr, il y à. Et invention, il y aura. Mais l'invention ne se décrête pas. Elle se réalise, dans l'action.





jeudi 19 novembre 2015

Pourquoi je soutiens le vote des députés communistes

Le vote par les députés Front de Gauche de la prologation de l'état d'urgence fait débat au sein du du PCF et du FdG.
 
Pour moi cette décision est juste et je trouve l'explication de vote d'André Chasaigne très complète, et très pertinente.

https://www.facebook.com/LesDeputesDuFrontDeGauche/videos/670977966370806/

La situation est en effet grave. S'opposer "par pureté principielle" à l'état d'urgence, serait passer à coté de la gravité de la situation.
 
Le jihadisme terroriste est une menace existentielle pour le peuple et les organisations ouvrières. Il s'agit d'une menace de type fasciste. Le fait qu'il soit en quelque sorte piloté de l'étranger, ne le rend pas moins dangereux. Au lieu d'être confronté à une seule menace fasciste, nous en avons en réalité deux : le jihadisme fascisant et le fascisme "à la française" des identitaires qu'ils soient FN, RBM, ou qu'ils noyauttent la droite. Ces deux forces se nourrissent et se complètent l'une l'autre. Si on les laisse prospérer, elles prendront en étau toutes les forces progressistes, démocratiques et ouvrières et écraseront nos droits sociaux et démocratiques.

Attention ! Je ne dis pas qu'il faut faire confiance à Hollande et Valls pour nous défendre. Ils n'en sont absolument pas capable et la situation le prouve. Je dis qu'il faut les attaquer dans le sens de la défense intraitable du peuple menacé par les forces fascistes et pas dans la minimisation du danger qui nous menace.

Il ne faut pas se limiter au renforcement des pouvoirs de police. Cela est très insuffisant. On peut le montrer par de très nombreux exemples :

Il faut dénoncer la complaisance entretenue vis-à-vis des idéologies fascistes. Complaisance vis à vis des états comme l'Arabie improprement appelée Saoudite ou le Qatar qui financent la propagande d'un islam sectaire et fascisant. Il faut prendre des mesures concrètes pour lutter contre la pénétration en France de ces idéologies et dénoncer la politique de ces états qu'il faut cesser de présenter comme "amis de la France " ou "luttant sincèrement contre Daesh". Manuel Valls a encore récemment fait une déclaration tout à fait scandaleuse dans ce sens.

Il faut dénoncer la complaisance identique vis à vis des groupes et forces identitaires. Ils ont encore pignon sur rue et déversent leur poison impunément. Robert Ménard, après ces multiples déclarations racistes, après l'utilisation de la police municipale comme une véritable milice fasciste ne doit pas être toléré comme maire de Béziers.

Il faut lever le secret-défense sur l'affaire Claude Hermant, ce fasciste indicateur de la police qui semble avoir fourni les armes au terroriste Coulibaly.



Il faut engager une grande campagne contre les mafias, les trafiquants de drogue (et une bonne manière, sur ce terrain, serait de légaliser la vente du cannabis, pour assécher le terrain sur lequel naissent et prospèrent ces mafias), le blanchiment d'argent et l'évasion fiscale.

Il faut à l'inverse cesser immédiatement les poursuites et la criminalisation engagée contre le mouvement social, les procès contre les syndicalistes qui défendent l'emploi et les libertés.

Il faut suspendre bien sûr les suppressions de postes et de moyens dans les services publics (et pas que dans la police, cf. le travail remarquable par exemple des services de santé).

Il faut enfin, et c'est la seule véritable garantie d'un contrôle démocratique et populaire sur les mesures prises contre le terrorisme, engager une large mobilisation populaire, une grande campagne d'explication sur les menaces fascistes, les divisions et le sectarisme.

samedi 19 septembre 2015

Corbynomics - extrémiste ou modéré ? Traduction du blog de Michael Roberts

Je poursuis mes traductions (irrégulières) d'articles de l'économiste Marxiste Michael Roberts. 

Cet article a, deux intérêts fondamentaux pour le lecteur français : d'abord, l'essentiel des critiques ici formulées valent pour la quasi-totalité des programmes économiques de la "gauche de la gauche". Comprendre que la baisse de la profitabilité du capitalisme est la source à la fois de la crise et des solutions que tentent les gouvernements "pro-businness" dans le monde est essentiel. L'utilisation du gouvernement comme "facteur de relance" conjoncturel, comme tampon social face à la crise élude le problème qui est une crise structurelle du capitalisme, qui ne peut se résoudre sans inverser à tous niveaux la motivation par le profit, donc sans prendre le contrôle d'ensemble de l'économie.

Ensuite, la Grande Bretagne n'étant pas dans l'Euro, la réflexion économique et politique n'est pas polluée par ce débat. On y découvre que, si l'Euro est un frein (on le sait) pour toute politique alternative, lever ce frein ne met pas la voiture du changement en marche. D'ailleurs, ainsi que le souligne Michael Roberts, les traités européens n'interdisent pas la nationalisation d'entreprises clés, les gouvernements capitalistes notamment anglais (mais pas seulement) ayant nationalisé certaines banques au plus fort de la crise de 2008.  



Cet article pourrait ne pas intéresser beaucoup des lecteurs de mon blog car il par le la politique britannique, un état capitaliste pas vraiment important en cette période. Au Royaume Uni, après la défaite électorale de l'opposition du Labour Party (parti travailliste) en mai 2015, l'élection d'un nouveau dirigeant est en cours. Le précédent dirigeant, Ed Miliband, a démissionné dans les minutes suivant la défaite. Les "néo-libéraux" de l'aile droite dominent le groupe parlementaire du Labour. Mais ils ont commis une erreur. Ils ont autorisé un parlementaire de l'aile gauche, Jeremy Corbin à candidater, un "geste". Il était promis à un score dérisoire. Mais l'aile droite a commis une deuxième erreur : ils ont décidé de retenir une "primaire", selon le style américain, autorisant les non-membres du Labour à voter s'ils payaient une modique cotisation. En quelques semaines, des milliers ont signé et la plupart soutenaient Corbyn.

Corbyn

J'écris ces lignes, juste un jour avant l'annonce du résultat (NdT : Corbyn a effectivement remporté brillamment l'élection), alors que tous les sondages montrent que Corbyn va vers une victoire surprise. Cela a produit des attaques de barrage des médias et de la droite. En particulier, les médias capitalistes et les autres candidats ont attaqué la politique économique de Corbyn.
andidates have attacked Corbyn’s economic policies. During the campaign 40 economists (mainly Keynesians and heterodox leftist economists Guardian newspaper stating that ‘Corbynomics’ w
Durant la campagne, 40 économistes (essentiellement des économistes Keynesiens et hétérodoxes de gauches) ont signé une lettre au journal britannique Guardian affirmant que l'économie selon Corbyn n'était pas extrémiste. 

"L'accusation est largement proférée que Jeremy Corbyn et ses soutiens ont glissé à l'extrême gauche sur la politique économique. Mais ceci n'est pas appuyé sur des actes ou des déclarations du candidat. Son opposition à l'austérité est en réalité une vision économique majoritaire, soutenue même par des déclarations du FMI, classé conservateur."
Et les signataires ont raison : le programme de Corbyn n'est pas extrémiste - sauf pour les supporters du capital. La campagne de Corbyn pour la direction du Labour est de celles qui devraient être soutenues par tous ceux qui veulent une vie meilleure pour la majorité et une fin de l'austérité qui demeure imposée par la récente victoire des Conservateurs avec un enthousiasme toujours accrû. La récente   Loi conservatrice sur le bien-être qui coupe les services publics aux plus faibles et plus vulnérables dans la société britannique est particulièrement vicieuse et doit être combattue par le Labour. Mais elle ne le fut par aucun des trois autres candidats pour la direction, à l'exception de Corbyn, un combattant de toujours pour la cause ouvrière et le socialisme.

La politique économique de Corbyn ne se contente pas seulement d'obtenir le soutien de la part des économistes de gauche et hétérodoxes, elle a provoqué également l'opposition les économistes dominants de droite. Les professeurs Tony Yates de l'université de Birmingham et Paul Levine, de l'Université de Surrey ont préparé en vitesse une lettre de 55 économistes de l'ensemble du spectre politique considérant les plans de Corbyn comme "susceptibles d'être hautement dommageables" et de représenter une pensée éloignée de l'économie communément admise. "Il est difficile d'imaginer où l'économie dominante et le Corbynisme peuvent se retrouver ensemble", a déclaré Yates. La plupart de ces signataires font partie de l'aile "austéritaire" de l'économie dominante, comme Patrick Minford de Cardiff Business School, ou George Magnus, conseiller de fond spéculatif, l'ancien chef économiste de l'UBS et Kitty Ussher, une ancienne ministre du trésor.

Leurs critiques ont été aussi limitées dans leurs explications, que le furent les soutiens de la lettre pro-Corbyn. Apparemment, le projet populaire de Corbyn de renationalisation du rail serait un "gaspillage d'argent public" et "ferait empirer les choses". Et l'idée que la Banque d'Angleterre pourrait imprimer de la monnaie pour financer en permanence des infrastructures, que l'économie soit en récession ou pas, est "hautement dommageable" et "inutile" puisque l'investissement public peut être financé conventionnellement, dit la lettre.

David Smith, le grand ponte droitier de l'économie au journal "Times" appartenant à Murdoch a loué les 55 économistes de l'école dominante pour avoir mis au jour l'incohérence de la politique économique de Corbyn. Renationaliser le secteur énergétique serait une "folie terriblement dépensière", Smith a dit "Les services publics privatisés n'ont pas été parfaits, mais ils ont été infiniment mieux que ce qu'ils étaient auparavent". Vraiment ? Smith oublie discrètement le démenbrement et la concession désastreuse du réseau ferroviaire sous les gouvernements successifs, aboutissant à des prix élevés (les plus chers d'Europe), des profits énormes, un faible investissement et d'encore larges subventions publiques à des monopoles privés. Les services publics privatisés (gaz, électricité, eau, télécoms) ont aussi généré des prix élevés, et de gros profits mais de faibles investissements and des bonus massifs pour les manager.

Martin Wolf, principal gourou keynesien au Financial Times, estime que "Les idées économiques de M. Corbyn’s sont aussi embrouillées." ... Quelques propositions - en particulier un investissement public plus élevé à une période où les taux d'intérêts sont bas - font sens. Certaines, comme laisser la Banque d'Angleterre injecter la monnaie qu'elle crée directement dans l'économie, font sens dans des circonstances très limitées. Certaines enfin - comme la nostalgie pour la nationalisation et l'idée que 120 Mds de Livres par an d'évasion fiscale peuvent être rapidement trouvées - n'ont pas de sens du tout.

Probablement, les signataires de la lettre "économie dominante" considèrent leur approche comme "rationnelle" et basée sur de la "bonne économie". Mais, comme Steve Keen, le directeur du département d'économie de l'Université de Kingston et éminent économiste hétérodoxe le souligne, ces économistes orthodoxes néo-classiques travaillent sur un modèle économique de l'équilibre, des libres marchés et du marginalisme qui n'a aucune base dans la réalité, tout comme le système de description de l'univers céleste de Ptolémée pouvait paraître parfaitement construit car bien ajusté aux données (à l'exception des comètes, qu'il négligeait en les considérant comme des phénomènes atmosphériques), mais il était complètement faux à propos de la structure de l'univers.

Mais, je digresse. Selon moi, le problème avec l'économie de Corbyn est que s'opposer à l'austérité n'est pas suffisant. La question est de savoir si les principales propositions économiques de Corbyn, telles qu'il a été conseillé pour les adopter, serait efficace pour transformer l'économie britannique, en supposant qu'il est une chance de les mettre en application, et de parvenir à un changement positif irréversible dans les conditions de vie de la majorité des britanniques.

Et c'est là résident mes doutes. Les principales dispositions économiques de Corbyn sont :
  • Mettre fin à l'évasion fiscale, 
  • Fournir de la monnaie à bas coût pour les investissements, procédé appelé "QE du peuple" (NdT : QE pour quantitative easing, qu'on traduit par assouplissement quantitatif et qui désigne les politiques monétaires suivies depuis la crises de 2008 par les principales banques centrales et consistant à injecter de la monnaie en la fournissant de manière massive et sans intérêts ou presque aux banques privées) ;
  • Création d'une banque d'investissement pour financer des projets d'infrastructure ; 
  • Renationalisation des chemins de fer, retour des services postaux en propriété publique majoritaire et préservation de la majorité au sein de la principale banque britannique, la Royal Bank of Scotland. 
Avec ces mesures économiques, Corbyn supprimerait les frais de scolarité et rétablirait des bourses pour les étudiants, financées par des taxes renforcées sur les hauts revenus et un impôt plus élevé sur les entreprises.Il  créerait également un service national de l'éducation, proposant une éducation gratuite universelle - qui, selon  les estimation du think-tank IPPR, coûterait environ 6,7 Mds de Livres - également financé par une partie de l'augmentation de l'impôt sur les entreprises. Et Corbyn propose de construire 240 000 nouveaux logements par an et de changer le "droit à l'achat" (NdT : mesure datant de 1980 et qui permet à un locataire de logement social d'acheter avec une décôte son logement) afin qu'il s'applique aux logements du secteur privé mais plus aux logements municipaux ou des associations de logement. Les nouveaux logements pourraient être construits à travers des emprunts plus élevés ou financés en imposant des taxes plus importantes sur les terrains inutilisés disposant de droits à construire ou d'immeubles inoccupés. Corbyn prévoit également d'en finir avec le libéralisme dans les services de santé, l'externalisation des services publics et les coûteux financements d'initative privée.

Ce sont là toutes des bonnes nouvelles pour la majorité des britanniques et pour les travailleurs. Mais, considérons l'efficacité de ces mesures dans l'atteinte des objectifs. L'échec des services de l'impôt britannique dans la collecte auprès des sociétés ; la formidable évasion et évitement de l'impôt par les sociétés qui font appel à des comptables privés, souvent d'anciens inspecteurs des impôts, est un scandale majeur.  Richard Murphy, qui fût un infatigable militant de la justice fiscale, et qui est maintenant le principal conseiller économique de Corbyn, a calculé que plus de 120 Mds de Livres de recettes fiscales ont été perdues du fait de l'évitement, de l'évasion et de la non-collecte. Si un gouvernement travailliste avait une telle sorte de recettes fiscales supplémentaires en main, il pourrait transformer les services et les finances publics.

J'ai déjà écrit sur cette potentielle source de recettes fiscales. Mais, pourra-t-elle être collectée tant que les sociétés demeureront entre des mains privées ? Même Richard Murphy estime qu'il serait difficile de les extraire et pense que 20 Mds de Livres serait le résultat le plus probable. L'économiste Keynesien Jonathan Portes, directeur de l'Institut National de Recherche Economique et Sociale, a déclaré : "Tout gouvernement qui espère financer une part important de ses dépenses supplémentaires sur la base de la suppression de l'évasion fiscale se trouverait lui-même face à un large déficit."

Cela ne signifie pas qu'un gouvernement Labour ne devrait pas essayer de mettre en place de nouvelles lois fiscales et des mesures anti-évasion. Mais le problème demeure tant que les compagnies sont des entités privées contrôlées par leurs actionnaires, tant intérieurs qu'étrangers, et ne sont pas des propriétés publiques. Elles chercheront à maximiser leurs profits. Eviter et fuir l'impôt est une bonne partie de l'exercice. En réalité, l'expérience montre que si les gouvernements ne baissaient pas continuellement les impôts sur les sociétés (au lieu de les augmenter, ainsi que Corbyn le prévoit) et ne fermaient pas les yeux sur les abus, alors la profitabilité des entreprises serait sérieusement affaiblie et elles baisseraient leurs investissement même au dessous du niveau actuel.

Les mêmes préoccupations s'appliquent à l'idée de supprimer les 93 Mds de Livres d'allègement de taxes et de subventions aux entreprises que Kevin Farnsworth  de l'Université d'York a identifiées –bien davantage que la loi de sécurité sociale que le gouvernement Conservateur envisage de supprimer.  Farnsworth a montré que les entreprises obtiennent 44 Mds de Livres d'allègements fiscaux pour l'achat d'équipement et 16 Mds de crédits de taxes sur le travail. Cette "sécurité d'entreprise" montre que le capitalisme britannique a besoin d'être subventionné pour soutenir sa profitabilité et l'encourager à investir de manière productive. Mais, si ces soutiens étaient coupés, est-ce que cela ne réduirait pas simplement la profitabilité et diminuerait encore les investissements ? Y aurait-il suffisamment d'investissements publics pour compenser la baisse des investissements privés ?

Il y a alors l'idée d'un "QE du peuple". Plutôt que d'acheter des obligations du gouvernement et des entreprises et d'imprimer de la monnaie pour le faire, Corbyn propose que la Banque d'Angleterre achète des obligations directement auprès des collectivités locales, municipalités, régions, ... afin qu'elles puissent investir l'argent dans des projets pour des écoles, des logements et des services nouveaux. "Le QE du peuple est fondamentalement différent. Il conduit la Banque d'Angleterre à imprimer de la monnaie, comme le font les banques ordinaires lorsqu'elles prêtent aux entreprises, mais en distribuant cet argent au peuple comme des sociétés HLM, des municipalités, une banque d'investissements écologiques afin de construire des maisons, des écoles ou des hôpitaux." Richard Murphy.

Cela a été attaqué par l'aile droite du Labour et par les économistes "dominants" comme alimentant probablement l'inflation. Ceci est un non-sens, dans une économie qui a à peine retrouvé son niveau de 2007 et où l'investissement en proportion du produit intérieur brut est presque à son plus bas niveau depuis 50 ans :

UK business investment

Il y a beaucoup d'espace pour booster l'investissement productif et la production. En fait, l'inflation est proche de zéro. La seule inflation est dans les prix des actions et des obligations, alimentés par le QE de la Banque d'Angleterre pour le financement des banques.

"Tout système de "QE du peuple" serait arrêté dès lors que nous parviendrions à une situation de hauts salaires et de plein emploi, mais nous en sommes si loin pour l'instant que nous devons attaquer l'économies de bas salaires et le manque de productivité en créant de nouveaux investissements qui sont la base d'une nouvelle prospérité." (Murphy).
L'autre argument contre le "QE du peuple" est venu des économistes "dominants", y compris Keynesiens, qui soutiennent que cela reviendrait à mettre fin à "l'indépendance" de la Banque d'Angleterre. Apparemment, cette indépendance vis à vis du contrôle du gouvernement, mise en place par l'ancien Premier Ministre travailliste, Gordon Brown, est une chose tellement fantastique, qu'elle doit être préservée à tout prix.

Ceci, à nouveau, est un non-sens. D'abord, la Banque d'Angleterre "indépendante" n'a pas de bons résultats dans le soutien à l'économie ni pour éviter les crash financiers. La Banque d'Angleterre a échoué à prévenir le crash financier global et la Grande Récession qui s'en est suivie. Elle a paniqué lorsqu'il est survenu et n'a rien fait pour faire le ménage au sein des banques. Son indépendance est un mensonge : elle signifie en réalité que la Banque d'Angleterre est à l'entière disposition des principales banques et institutions financières de la City, plutôt que du gouvernement, du parlement et du peuple. Nous savons maintenant que la Banque d'Angleterre a échoué à imposer la recapitalisation et la restructuration des banques, à capitaux étrangers, HSBC et Barclays Bank pendant la crise financière. En conséquence,le  contribuable britannique ne reverra jamais tout l'argent investi dans le système bancaire. La Banque d'Angleterre décide de sa politique de taux d'intérêts et de la supervision financière en fonction des intérêts de la City et non de l'ensemble de l'économie. Elle a seulement des objectifs d'inflation (qu'elle atteint rarement) et non de croissance ou d'emploi qui seraient dans l'intérêt du peuple.

Ce qui est inquiétant dans le "QE du peuple" n'est pas cela. C'est de savoir si cela peut "faire l'affaire". Peut-il aider à apporter davantage de croissance, d'emploi et de revenus mieux que les programmes traditionnels "dominants" de financement des émissions d'obligation du gouvernement pour l'investissement ? Cela dépends de la capacité de la Banque Nationale d'Investissements(BNI), proposée par Corbyn a réellement changer les choses. Le "QE du peuple" serait utilisé pour acheter des obligation de cette BNI afin de financer les investissements. Une banque d'état pour l'investissement n'est certainement pas un projet extrémiste, comme le biographe Keynesien Robert Skidelsky l'a souligné : ce n'est
"ni extrême, ni nouveau. Il y a une banque Européenne d'Investissement, une Banque d'Investissement Nordique et beaucoup d'autres, toutes capitalisées par des états ou des groupes d'états afin de financer des projets en empruntant sur les marchés des capitaux".
Et comme Corbyn lui-même le dit :
"Si je mettais en avant ces idées en Allemagne, je serai désolamment qualifié de modéré, désolamment démodé, puisqu'ils ont déjà une banque nationale d'investissement et qu'ils investissent dans les services publics." 
J'ajouterai que la BNI ressemble fortement à la brésilienne BNDES, qui a été un puissant succès pour conduire des projets d'investissements avec des coûts d'emprunts abaissés pendant la Grande Récession, afin que le Brésil connaisse quelques investissements. En fait, pendant la Grande Récession, les pays qui ont le moins souffert sont précisément ceux qui étaient appuyés par des banques d'investissements publiques qui soutiennent des projets d'infrastructure pour conserver l'emploi et créer des investissements. La BNDES brésilienne a été très efficace pour cela, malgré les cris d'orfraie des banques privées et étrangères opérant au Brésil. Ce n'est pas un accident, par exemple, si le Brésil a connu une récession modérée car le gouvernement lança de puissantes ressources via sa banque de développement pour des dépenses d'infrastructures.

Mais, l'expérience de la banque brésilienne d'investissement montre aussi les problèmes. La BNDES a soustrait la plupart de l'activité d'investissement des banques privées, tant intérieures qu'étrangères. Elles se sont alors concentrées sur les emprunts immobiliers et les bulles de crédit. Leur formidable pouvoir d'investissement n'a pas été utilisé pour développer l'économie car il n'y a pas de profit dans celle-ci pour elles. C'est également le risque au Royaume Uni. La BNI réalisera des projets d'investissement productif pendant que les 5 principales banques multinationales resteront assises sur le coté. Elle ne parviennent déjà pas à prêter pour de petites affaires et pour l'investissement (seulement 3 % de la totalité des actifs sont dans le secteur manifacturier).  Dès lors, j'ai peur que l'affirmation de Skidelsky, selon qui
 "un programme étatique d'investissement permet de rééquilibrer l'économie britannique de l'activité spéculative privée vers des investissements de long terme pour une croissance durable"
 ne se réalisera pas si le seul instrument est la BNI.

Il est certain que la seule utilisation de la BNI et peut-être de la RBS nationalisée ne peut transformer les institutions de crédit en véhicules de financement d'investissements plus élevés et d'emplois. Ceci est la politique officielle des Trade Union Congress (NdT : la confédération syndicale britannique, membre du Labour Party) (bien que cela soit ignoré par les dirigeants syndicaux). Les preuves de la nécessité de la propriété publique sont accablantes. De plus, comment le projet de Corbyn de mettre fin aux salaires grotesques et aux bonus versés aux hauts dirigeants et banquiers pourrait-il être mis en oeuvre sans un véritable contrôle public et la propriété des banques ?

Alors, comme l'économiste Marxiste, Chris Dillon l'a récemment déclaré :

"qui réalisera réellement les investissements ?Il y a une opportunité pour l'état d'intervenir dans les infrastructures. Mais nous avons aussi besoin d'investissement dans les entreprises, pour élever la productivité du secteur privé."
 Je ne crois pas que nous ayons besoin d'investissement dans les entreprises, si cela signifie s'appuyer sur les compagnies privées à objet lucratif pour mettre en place les investissements que la BNI propose de financer. Prenez un grand projet récemment annoncé pour Londres. Le "London Super Sewer" (grand tunnel de collecte des eaux usées et excès d'eaux de ruissellement) : Bazalgette Tunnel Limited, une compagnie dédiée à ce projet a été constituée spécialement pour conduire le projet. Balfour Beatty, la société de construction britannique a bénéficié d'un contrat de 416 millions de livres pour construire des tronçons du "London Super Sewer". C'est une compagnie privée avec des actionnaires et des investisseurs privés. Certainement, ce projet appelle une entité appartenant et contrôlé par l'Etat, plutôt que par le profit ?

Cela nous ramène à la nécessité pour toute réelle (même si elle serait qualifiée d'extrémiste) politique économique d'inclure comme un de ces principaux axesla propriété publique sous contrôle démocratique des industries stratégiques, ou, selon l'ancien langage du Labour, des hauteurs stratégiques de l'économie. La politique économique Corbynienne prévoit la mesure vitale de renationalisation des chemins de fer, après le démantèlement affreux et incompétent du système ferroviaire d'état en monopoles privés sous forme de franchises, demandant aujourd'hui les prix les plus élevés en Europe malgré le maintien de subventions par les contribuables. Cela a ramené les chemins de fer britanniques aux années 1830.

L'argument le plus pathétique contre la renationalisation est venu de Kate Hoey, l'ancienne député franc-tireuse du Labour. Vous voyez, ce n'est pas possible car c'est contre les directives de l'UE :
"Ce serait une exagération que de dire que tous les efforts pour renationaliser les chemins de fer seraient bloqués par l'UE, mais il serait également naïf de nier le problème"
Pourtant, les directives de l'UE ne sont pas des lois mais des cadres et peuvent être interprétées ou appliquées comme les états membres le souhaitent.

Corbyn envisage apparemment de rétablir également la part majoritaire de l'Etat dans les services postaux, après sa récente privatisation à un prix ridiculement bas par l'actuel gouvernement. C'est bien, mais cela laisse encore des pans de secteurs clés dnas l'économie britannique aux mains de sociétés à but lucratif. Quid du reste des transports : les bus dérégulés dans les principales villes, et de toutes les compagnies britanniques qui firent partie du secteur public ? Qu'en est-il de British Petroleum, British Airways, British Telecoms, British Gaz, British Aerospace, les régies de l'eau et de l'électricité, Transco, Rolls Royce, British Steal, en lassant de coté British Coal ? Et il y a des secteurs stratégiques majeurs qui devraient faire partie de ce qu'on appelle les "hauteurs stratégiques de l'économie", dans le jargon Labour : Les grandes compagnies pharmaceutiques, l'automobile, maintenant souvent aux mains de capitaux étrangers et où les profits finissent outre-mers. La propriété publique des principaux aéroports nationaux et régionaux assurerait un authentique service qui limiterait les nuisances sonores et environnementales.

"Je pense que la troisième piste (NdT : à Heathrow) est un problème pour la pollution sonore et autres sur l'ouest londonien ... Je pense également qu'il y a un sous-usage des autres aéroports autour de Londres (Corbyn).
Bien sûr, un tel programme serait extrémiste, non seulement pour les médias capitalistes, les économistes dominants et la direction du Labour, mais également dans l'esprit de la plupart des signataires de la lettre "de gauche". Mais sans ces mesures, de mon point de vue, il n'y aura pas de "rééquilibrage l'économie britannique de l'activité spéculative privée vers des investissements de long terme pour une croissance durable" (Skidelsky).

La clé est l'investissement. Comme l'économiste Marxiste Mick Burke l'a remarqué dans une série d'excéelent posts, le secteur capitaliste a échoué à produire des revenus décents et de l'emploi pour tous. Burke souligne que le
 "Produit Intérieur Brut par habitant est toujours en dessous de ce qu'il était avant la crise qui a démarré en 2008. Cela reste la plus faible reprise dans l'histoire et le taux de croissance annuel est tombé de 3% à 2,6%. Cela suit une période, depuis la fin 2012 à aujourd'hui, durant laquelle aucune nouvelle mesure d'austérité n'a été imposée. Reprendre l'austérité à la même échelle qu'entre 2010 et 2012 signifie un ralentissement similaire.
Le niveau des investissements dans l'économie britannique était de 295 Mds de Livres en 2014, exactement le même niveau qu'en 2007, avant la crise. Mais l'économie est en réalité 4,2% plus grande (suivant le rythme d'évolution de la population, sans plus). Donc, l'investissement diminue proportionnellement au Produit Intérieur Brut. La consommation, et non l'investissement, conduit une très faible croissance et cela n'est pas soutenable."
Le taux de profit a seulement retrouvé son niveau d'avant crise et largement en dessous de son niveau moyen du 20ème siècle. La même chose est vraie pour l'investissement des sociétés. Deux ingrédients pour la poursuite d'un ralentissement de la croissance.


Uk profitability

Un gouvernement du Labour, dirigé par Corbyn (en 2020 ?) serait un pas en avant pour la majorité des britanniques. Et cela serait nécessaire, car, d'ici là, le capitalisme et le capital britannique seront probablement entrés dans une nouvelle crise et récession. Mais cette étude montre que la doctrine économique de Corbyn n'est pas assez extrême pour inverser l'échec de la production capitaliste britannique. Pendant 30 ans, les dirigeants du Labour ont fermement campé du coté du Capital, sur une seule rive de la lutte de classe. Désormais, la politique économique de Corbyn tente de quitter le camp du capital et de traverser vers la rive du travail.Dès lors, elle est trop extrême pour les intérêts du capital, mais trop modérée pour les intérêts du travail. Etre pris au milieu d'un courant rapide (la crise capitaliste) est dangereux.